Avis aux artistes friands de nouveaux défis artistiques. Et si nous créions ensemble ?
La création d’œuvres en collaboration est, depuis mes premiers pas artistiques, une aventure tout à fait enrichissante humainement et créativement. Ensemble, nous pouvons imaginer tant de créatures : petites ou grandes, spectaculaires ou discrètes, colorées ou obscures, mignonnes ou terrifiantes, militantes ou enfantines ?
Nous leur donnerons vie. Vous, par sa forme - une sculpture, un objet, un support - telle que votre art l’offre. Ou par un accessoire pour parfaire l'allure d'un personnage sophistiqué. Et moi, en prenant le soin de l’habiller et de la revisiter de mes faïences colorées.
Doubzinar sur MÉTAMORPHOSE
C’est grâce à la galerie Kelly Arty à Fontainebleau (77300) que j’ai découvert le travail et l’univers de Franck Doublier, alias le sculpteur Doubzinar : c’est en effet Nathalie, sa super directrice, qui nous a mis en contact.
La première oeuvre de Doubzinar que j’ai découverte au sein de la galerie Kelly Arty a été La Limite, un buste de gorille au regard acéré, cigare à la bouche. Me sont immédiatement revenues à l’esprit des images, des films et des romans qui campent des hommes puissants, grands patrons ou boss de la Mafia comme le Al Capone interprété par Robert de Niro dans Les Incorruptibles de Brian De Palma. Comme le dit Doubzinar, ce grand singe possède “la dignité d’un être qui sait ce qu’il vaut et ce qu’il ne se laissera plus prendre”.
J’ai eu le plaisir de rencontrer Doubzinar chez lui, où la création est omniprésente et où il n’existe pas de limite entre son univers créatif et son univers quotidien. Immédiatement le courant est passé entre nous tant sur le plan artistique qu’humain et nous avons vite eu envie de travailler ensemble.
Nous avons discuté autour de sa sculpture RAGE, son buste de gorille aux mâchoires déployées en un cri silencieux, et décidé d’en faire une nouvelle créature, baptisée MÉTAMORPHOSE, qui conjuguerait nos deux savoir-faire et nos deux univers artistiques.
MÉTAMORPHOSE a donc pris l’apparence d’un être moitié animal - moitié cyborg dont la moitié du buste, selon une ligne verticale mais sinueuse, a été recouverte d’émaux de Briare de couleur bleue mis en valeur par un socle noir et bleu marine en pâte de verre.
OÚ LE RETROUVER ? Il sera exposé prochainement pour la première fois, du 19 juillet au 3 septembre, à la galerie Gavart dans le VIIIe arrondissement parisien.
Le socle en béton armé a été réalisé par DJ SNAPZ.
Eric Perdriau sur le fauteuil Sakura
J’ai rencontré Eric Perdriau, artisan tapissier formé à l'Ecole Boulle Greta, au sein du tiers-lieu Magma à Arcueil où j’ai ouvert mon nouvel atelier en novembre 2025 : c’est en quelque sorte mon voisin de bureau.
Sa démarche m’a tout de suite plu : son amour du beau geste, son souci de l’explication précise mais sans fioritures et la variété de ses réalisations qui vont de la réfection en méthode traditionnelle d’un dossier de chaise de style Louis XVI à la réfection totale en style moderne d’un fauteuil Voltaire. Je crois qu’il aime autant la tapisserie que moi la mosaïque. En plus il apprécie mon humour (enfin en vrai pas tous les jours).
C’est moi qui lui ai, au fil de nos conversations à bâtons rompus, suggéré que nous fassions œuvre commune en mariant nos deux savoir-faire : le résultat est le fauteuil de style Louis XV que nous avons baptisé Sakura, qui signifie branche de cerisier en fleur en japonais.
Une fois le fauteuil d’origine entièrement dégarni par Eric, la carcasse a été entièrement recouverte par mes soins de tesselles, en mariant carreaux de mosaïque, émaux de Briare gris, jaune et rougé, boule de verre Albertini au dos et boutons de verre rose, verre et rouge. Eric a ensuite fait toute la tapisserie en utilisant deux tissus que nous avions choisis ensemble au préalable : pour le dossier un velours imprimé au motif de branches de cerisier en fleur sur fond bleu roi, et pour l’assise un magnifique velours bleu marine.
OÙ LE RETROUVER ? Sakura sera exposé pour la première fois à l’occasion des ZAZAs, dans l’enceinte du tiers-lieu Magma, à Arcueil, les 13 et 14 septembre prochains.
Emmanuelle Stolar Vélon sur Angry Man et Unlucky chick
Ma curiosité pour la matière a trouvé en Emmanuelle Stolar Vélon, céramiste installée dans le Luberon que j’ai rencontrée à l’occasion du Salon d’Automne 2025 où nous avons exposé ensemble, un interlocuteur imaginatif et créatif. Nous avions envie de travailler ensemble, et elle a réalisé pour moi des plaques de céramique avec deux dominantes : l’une rose pâle et l’autre bleu turquoise.
J’ai utilisé les deux : la première sur le masque Angry man en mêlant sa création à des émaux de Briare de couleur rose, et l’autre sur la sculpture Unlucky chick, en m’en servant pour varier les teintes turquoise de la coquille, dans les parties supérieure et inférieure de la pièce. Le résultat nous a bien plus à tous les deux, et nous a donné envie de démarrer d’autres projets.
DJ SNAPZ sur Tribute to Gen Z
Lorsque j’ai choisi de travailler sur cette nouvelle oeuvre autour d’une figurine de super-héros, j’ai été confronté à un dilemme : garder le socle d’origine, en plastique et somme toute assez banal, ou en créer un spécifique qui réponde aux contraintes techniques, notamment de poids, de ladite figurine.
J’ai choisi assez rapidement la seconde option et commencé à recouvrir ma figurine de mosaïque sans savoir exactement sur quoi elle reposerait. J’ai posé la question à mon ami DJ SNAPZ qui sait tout faire et il m’a proposé de réaliser un socle en béton armé, seul moyen à ses yeux d’être certain que la figurine, qui ne tient que par les tiges métalliques qui sortent de ses pieds, ne bascule pas en avant. Il a réalisé le coffrage en bois et coulé le béton. Ensuite j’ai recouvert le socle, qui figure un toit de maison et sa partie haute, de grès cérame pour le toit et le dernier étage, et de pâtes de verre pour les fenêtres et les lucarnes, de sorte que le socle est devenu une partie intégrante de l'œuvre.
Furieuse company sur Ni souple, ni soumise
Mon idée en créant une oeuvre à partir d’une figurine Playmobil féminine était de subvertir l’image de la princesse et d’en faire une icône féministe défilant dans une manifestation imaginaire, une pancarte à la main. J’ai donc proposé à Kiki de Furieuse Company, qui écrit, détourne, utilise des phrases des slogans pour faire des pochoirs sur des objets, et dont j’adore le travail décalé et incisif une collaboration pour transformer cette princesse.
Elle a donc imaginé un pochoir qui orne le dos de ma figurine Ni souple, ni soumise, et qui lui a donné son nom. Elle a également réalisé les pochoirs sur les pancartes que tient la princesse avec trois slogans que nous avons choisi ensemble :
- Il va falloir être plus méchante
- On est plus chauds que le climat
- Vaincre le yoga par le stress.
Emilie de Laroche sur Green man
En commençant à travailler sur Green man, je me suis très vite rendu compte que mon super-héros allait avoir besoin d’une cape sur mesure, aux couleurs de son nouveau costume, violet et vert.
Mon amie et céramiste Emilie de Laroche, qui a du multiples talents, a bien voulu la réaliser, ce qui n’a pas été une mince affaire en raison de nombreuses raisons techniques : il fallait pouvoir l’enlever et la remettre facilement en fonction des différentes expositions où cette sculpture devait être exposée. Emilie a opté pour un tissu de soie très élégant et a choisi une coupe assez longue qui permette à la cape de Green man de traîner à ses pieds comme une traîne de mariée ou une cape de Dark Vador.
Green man a été exposé au Salon des Indépendants 2026 (Art Capital) au Grand Palais à Paris.
Nicolas Brosseau sur la sculpture Peace & love
Compte tenu du message politique et pacifiste de cette sculpture - un singe qui se cache les yeux avec sa main droite pour ne pas voir les horreurs de la guerre -, je voulais lui faire arborer un casque de GI de la guerre du Vietnam qui soit une réplique la plus proche de la réalité possible, c’est-à-dire du fameux M1 qui figure notamment sur l’affiche du Full metal jacket de Stanley Kubrick.
Je me suis donc rapproché de Nicolas Brosseau, designer et ex-directeur artistique d’une marque de jouets, qui est une sorte d’orfèvre du jouet et dont j’admire l’inventivité et le travail ultra-précis. Nous avons discuté ensemble de la façon de positionner ledit casque sur mon chimpanzé sur la base d’une forme en polystyrène qu’il avait réalisée.
Une fois que nous avons décidé de la placer de biais, notamment pour des raisons techniques, j’ai laissé mon oeuvre préalablement recouverte de mosaïque à Nicolas qui a réalisé une structure hémisphérique en résine epoxy sur laquelle j’ai ensuite collé des carreaux de mosaïque de couleur verte et marron pour la sangle qui servait aux GIs notamment à coincer leur paquet de cigarettes.
Peace & love a été exposé au Salon d’Automne 2024 (Paris).